Identité des Évangéliques

Auteur : KUEN Alfred

Tiré du module : Comprendre l'essentiel de la saine doctrine
(collection Responsable, série Connaissance)

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Si l’un de nos compatriotes consulte son dictionnaire pour se renseigner sur ce terme, il trouvera par exemple : 1. « Relatif ou conforme à l’Évangile, voir chrétien. 2. Qui est de la religion protestante, fondée essentiellement sur l’enseignement et la vie du Christ connue par les évangiles. Subst. Les évangéliques, les protestants » (Petit Robert). Il sera donc bien embarrassé lorsqu’il apprendra que les évangéliques constituent 60 % des protestants. Si une partie seulement des protestants est protestante tout court, que sont les autres ?

Dans certains pays, effectivement, le mot évangélique est un simple synonyme de protestant. D’ailleurs, en France, un certain nombre d’Églises évangéliques s’appellent Église protestante évangélique ou Communauté évangélique protestante (pour se différencier des sectes).

En effet, les Églises évangéliques se situent dans la ligne de la Réforme protestante du 16e siècle. Le mot évangélique vient de évangile, une francisation d’un mot grec qui signifie : bonne nouvelle. Étymologiquement, les évangéliques sont donc des porteurs de bonnes nouvelles – ne l’oublions pas. Mais le mot évangile désigne des écrits qui nous racontent la vie de Jésus-Christ et nous rapportent son enseignement. Les évangéliques sont donc des gens qui veulent suivre Jésus-Christ comme leur Maître et mettre son enseignement en pratique. Alors quelle différence entre une Église protestante (luthérienne ou réformée) et une Église évangélique ? Le sens spécifique du mot « évangélique » nous vient des pays anglo-saxons.

Le mot anglais evangelical a servi à désigner un groupement informel de Grande-Bretagne de la fin du 18e siècle « qui réunissait des 'dissidents' (anciens et nouveaux) et des 'anglicans pieux '» (J. Baubérot, 85 p. 286).

S’il existe ce qu’on peut appeler des Églises évangéliques, il serait plus juste de parler d’un courant ou plutôt de courants évangéliques qui traversent toutes les Églises. Il y a des évangéliques dans l’Église réformée, l’Église luthérienne et même dans l’Église catholique. On parlera donc plutôt des évangéliques.

Dans l’ensemble du protestantisme, les évangéliques se caractérisent par leur insistance sur deux points :

  1. Ils croient que la Bible est la Parole de Dieu et que, par conséquent, elle est l’autorité souveraine pour toutes les questions de foi et de vie.

  2. Selon l’enseignement du Christ et des apôtres, ils croient qu’on ne naît pas chrétien, mais qu’on le devient par un acte de foi personnel en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous.

 

De ces deux points découle aussi le désir de partager la Bonne Nouvelle du salut avec ceux qui ne la connaissent pas – donc une certaine priorité de l’évangélisation.1

 

J. Blandenier parle à ce sujet d’une « identité bipolaire » : d’un côté, la doctrine biblique, de l’autre, l’expérience personnelle, ce que nous vivons sur le plan spirituel. Il met ces deux aspects en relation avec la double dimension du mot « foi » dans le langage biblique : « tantôt le contenu de l’enseignement révélé (fides quae creditur « la foi transmise aux saints une fois pour toutes ») ; tantôt l’attitude personnelle du croyant devant son Dieu (fides qua creditur « ta foi t’a sauvé »). Et je ne vois pas d’autre moyen de décrire notre identité que de nous référer à ces deux lignes de force. Personne ne peut réduire la réalité évangélique à une seule composante » (Identité).2

 

1. L’autorité des Écritures

 

Jésus s’est toujours appuyé sur les déclarations de la Bible – c’est-à-dire, pour lui, de l’Ancien Testament – dans tout enseignement.

Il avait constamment recours à l’Écriture

  • dans sa lutte contre le diable auquel, par trois fois, il a répondu : « Il est écrit »,

  • dans ses discussions avec ses interlocuteurs : « N’avez-vous pas lu » ? revient constamment ; « Que vous a prescrit Moïse ? Qu’est-il écrit dans la Loi » ?

  • dans son enseignement auprès de ses disciples.

 

Pour lui, elle est la Parole de Dieu lui-même (Matt 15.6), « le commandement de Dieu » (v. 3), inspirée par le Saint-Esprit (Matt 22.43), qui « ne peut être anéantie » (Jean 10.35). Le ciel et la terre passeront, mais la Parole de Dieu demeure éternellement.

Tel a aussi été l’enseignement des apôtres. « Toute l’Écriture est inspirée de Dieu » dit l’apôtre Paul dans sa dernière lettre (2 Tim 3.16), et l’apôtre Pierre le répète : « C’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu » (2 Pi 1.21).

La « reconnaissance du texte biblique comme la nourriture indispensable et quotidienne du croyant demeure centrale et constitutive d’une spiritualité évangélique. Elle est, dans le protestantisme, comme la continuation de la lectio divina monastique » (L. Schweitzer, 97 p. 136).

Face aux théologiens libéraux qui nient l’inspiration divine et l’autorité de l’Écriture, les évangéliques maintiennent son « autorité souveraine » dans toutes les questions de foi et de vie, et l’authenticité de ses écrits.3

 

L’autorité des Écritures a constitué le point de rupture du protestantisme avec l’Église romaine. À Worms, Luther a déclaré : « À moins d’être convaincu par le témoignage de l’Écriture et par des raisons évidentes – car je ne crois ni à l’infaillibilité du pape ni à celle des conciles, puisqu’il est établi qu’ils se sont souvent trompés et contredits – je suis lié par les textes bibliques que j’ai cités. Tant que ma conscience est captive de la Parole de Dieu, je ne puis ni ne veux rien rétracter, car il n’est ni sûr ni salutaire d’agir contre sa conscience. Que Dieu me soit en aide » !

En vain, celui qui dirigeait les débats l’a incité à abandonner sa conscience et à s’en remettre aux autorités.

Par cette déclaration, « Luther engageait une mutation profonde dans la façon même d’établir la légitimité religieuse : celle-ci se trouvait transférée de l’institution au message. L’institution religieuse devenait relative et subordonnée au message. Elle devait être évaluée à l’aune de ce dernier à partir de la question : transmet-elle fidèlement le donné biblique ? Le lieu de la vérité n’était plus dans l’institution, mais dans le message qu’elle proclamait à partir de la Bible. Dès lors, comme l’a bien vu l’écrivain français Nicolas Boileau (1636-1711) dans sa Satire XII, Sur l’équivoque (posthume, 1716), 'tout protestant est un pape, une Bible à la main'. Tout chrétien bien informé des Écritures peut remettre en cause l’institution ecclésiastique. La Bible est la seule source de la légitimité religieuse : c’est le fameux principe de la Sola Scriptura » (J.-P. Willaime, 92 p. 63).

En fait, seuls les évangéliques ont maintenu ce principe, en le défendant contre la prétention de la raison humaine de décider ce qui, dans l’Écriture, est Parole de Dieu et ce qui est parole humaine.

« Les Églises réformées » dit le pasteur O. Rosselet, « comprennent les Écritures comme un témoignage à la Parole, lié à un contexte, à une histoire » (96 p. 27). Alors que, pour les évangéliques, elles sont Parole de Dieu.

En 1958, des théologiens américains et européens se sont concertés pour définir leurs positions. Ils ont déclaré en particulier : « En faisant le point sur les heurts et malheurs du christianisme au cours de notre siècle, nous sommes tous tombés d’accord sur le fait que l’autorité, en particulier l’autorité de l’Écriture, est le critère de différenciation des convictions théologiques » (Carl Henry, 59 p. 7).

« Pour les évangéliques, dit le pasteur Rüegger, la normativité de la Bible est décisive dans toutes les questions touchant à la doctrine, à la foi et à la vie. Dans ce sens, on peut dire que le mouvement évangélique est un mouvement fondé sur la Bible, accordant une grande importance au fait que chaque chrétien – et pas seulement les théologiens et les ministres ! – lit la Bible et règle sa vie quotidienne à la lumière de la Bonne Nouvelle. Chez eux, le principe de la Réforme – sola scriptura – n’est pas uniquement une théorie, il est réellement mis au centre de la pratique quotidienne » (96 p. 2).

2. La nouvelle naissance

 

Un deuxième aspect important de l’enseignement de Jésus est la nécessité de la conversion et la nouvelle naissance de chaque homme et chaque femme pour être un vrai chrétien.

Jésus a dit : « Si vous ne vous convertissez… vous n’entrerez pas dans le royaume de Dieu » et à Nicodème : « À moins de renaître d’en haut, personne ne peut voir le royaume de Dieu » (Jean 3.3.).

Ce changement de vie total a lieu chaque fois que quelqu’un accepte de croire que Jésus-Christ est mort pour lui sur la croix, qu’il a payé la dette de son péché et qu’à présent, il bénéficie constamment de la justice de Dieu ; il devient enfant de Dieu, frère de Jésus-Christ et de tous ceux qui ont été, comme lui, libérés par le Christ.

Il entre dans l’ekklésia, l’Assemblée de ceux qui sont sauvés. Les Églises évangéliques sont des Églises de professants comme l’étaient les Églises des premiers siècles. Pour en devenir membre il faut avoir fait profession de croire en Jésus-Christ et de vouloir se conformer à sa Parole.

Les « professants » ne se considèrent nullement comme la seule véritable Église, « mais ils regrettent la confusion entretenue par l’idée que tous ceux qui ont été baptisés à la naissance sont chrétiens, autrement dit qu’on puisse être appelés 'chrétien' sans une foi personnelle en Christ ». Une assemblée de croyants, ne signifie pas une assemblée de purs, « mais puisque seule la foi est constitutive du peuple de Dieu, il ne peut y avoir d’autre critère pour recevoir une personne comme membre de l’Église que la libre profession de foi de cette personne. C’est seulement ainsi que l’on peut respecter la liberté et la responsabilité de chacun » (R. Somerville, 97 p. 73).

De fait, nous trouvons dans l’évangélisme « une valorisation nouvelle de la vie communautaire » (D. Zimmerlin, 97 p. 85). La participation à la vie d’une communauté est fortement encouragée et l’aide à la détresse d’autrui est réaffirmée avec insistance depuis les années 1980.

« À côté du sola scriptura, dit le pasteur Rüegger, le solus Christus de la Réforme est un principe central pour les évangéliques. L’exclusivité de la médiation salvatrice du Christ en tant que sacrifice propitiatoire, est une composante fondamentale et indiscutable de la foi évangélique. Face aux autres religions, en particulier, on insiste sur le fait qu’aucun compromis ne peut être fait quant à l’importance de Jésus-Christ pour le salut de tous les hommes de toutes les cultures » (96 p. 2).

« Ce qui distingue la pensée et la pratique évangéliques, c’est la compréhension de la conversion et du salut en termes d’expérience personnelle, unique et initiale, sans la médiation des sacrements » (B. Bolay, 95 p. 89). Pour les évangéliques, l’expérience est une « composante incontournable de la condition humaine et pôle idenditaire de la mouvance évangélique » (Id. p. 87).

D’ailleurs le mot expérience ne se rapporte pas seulement à l’expérience initiale de la nouvelle naissance, mais il caractérise aussi un processus spirituel qui se poursuit tout au long de la vie du croyant. Pour l’évangélique, « le Dieu de la Parole est un Dieu qui agit, que l’on prie, qui répond et qui s’intéresse à notre vie… Le christianisme est une vie avant d’être une doctrine et il est possible de prendre au mot le texte biblique et d’entrer dans la réalité nouvelle dont il parle » (L. Schweitzer, 97 p. 136).

Les évangéliques, disait H. Blocher dans une conférence faite à l’Institut biblique Emmaüs en février 1993, ont su maintenir le sens du spirituel et du surnaturel. L’insistance sur la nécessité d’une expérience religieuse personnelle, la foi aux miracles passés et présents constituent des traits communs à l’ensemble des évangéliques. Ils refusent les réductionnismes, les « horizontalismes », le ritualisme dépersonnalisant, le mysticisme élitique et l’intellectualisation de la foi.

Bien des facteurs divers peuvent amener quelqu’un à faire l’expérience de la nouvelle naissance. Dans Religion in Sociological Perspective (p. 119), Brian Wilson fait une liste des motivations qui peuvent accompagner une conversion : « la chaleur et le renforcement communautaire ; la fourniture d’un sens et d’un but pour la vie quotidienne ; la possibilité d’une expression personnelle ; parvenir à trouver une place et un statut dans un groupe ; avoir une meilleure image de soi ; adopter un style de vie qui tranche avec la grisaille quotidienne » (cité par F. de Coninck, 95 p. 52).

L’essentiel n’est ni dans la motivation, ni dans la modalité de l’expérience, mais dans son résultat : paix avec Dieu, assurance du salut, marche progressive sur le chemin de la sanctification, esprit de prière, faim de la Parole de Dieu, amour de Dieu et du Christ, amour des frères et recherche de la communion fraternelle.5

L’articulation de ces deux premiers thèmes donnera naissance à des nuances diverses au sein de la mouvance évangélique : pour le piétisme, le méthodisme et les Réveils, l’expérience spirituelle est première. La foi dans le texte biblique en découle. Mais lors de la crise fondamentaliste, « c’est l’orthodoxie doctrinale qui va devenir l’essentiel de l’identité évangélique » (L. Schweitzer, 97 p. 137). Ces mêmes priorités se retrouvent actuellement encore chez les uns et les autres dans les différentes fractions évangéliques. « Ainsi aujourd’hui », poursuit L. Schweitzer, « si l’on devait demander à des évangéliques l’essentiel de ce qui les définit, retrouverait-on sans doute d’une part ceux pour lesquels une certaine conception de l’Écriture est centrale et, d’autre part, ceux qui mettront l’accent sur une manière de vivre la vie chrétienne ».

3. L’évangélisation

 

Le désir de partager la Bonne Nouvelle du salut avec ceux qui ne la connaissent pas découle de l’affirmation de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père sans passer par moi » (Jean 14.6). L’apôtre Pierre, de son côté a affirmé que « c’est en lui (en Christ) que se trouve le salut, en personne d’autre. Dans le monde entier, Dieu n’a jamais donné le nom d’aucun autre homme par lequel nous devrions être sauvés » (Act 4.12). Si l’Évangile est le seul moyen de salut pour tout homme et toute femme, il s’ensuit que ceux qui connaissent son message aimeraient le partager avec le plus grand nombre de nos contemporains au près (évangélisation) et au loin (mission).

« Parmi les chrétiens, dit le délégué œcuménique Heinz Rüegger, les évangéliques sont ceux qui investissent le plus dans la mission et l’évangélisation » (96 p. 2).

Démarquages

Ces trois caractéristiques de la foi démarquent les évangéliques par rapport à d’autres fractions du christianisme :

  • l’autorité des Écritures s’oppose à la raison autonome comme aux traditions des Églises,

  • la nécessité d’une foi personnelle est en contradiction avec la croyance dans l’efficacité des sacrements et

  • l’accent sur l’évangélisation constitue un refus du syncrétisme moderne qui considère toutes les religions comme équivalentes (« pourvu qu’on soit sincère »).

 

Si nous nous tournons vers des ouvrages plus spécialisés comme « L’Encyclopédie chrétienne mondiale6 », nous trouvons que les évangéliques forment parmi les protestants et, pour certains, parmi les catholiques et les orthodoxes, un groupe caractérisé par certains traits communs : 1. Ils considèrent la Bible comme seule révélation de Dieu, entièrement inspirée (mais non dictée) par lui, pleinement suffisante pour tout ce qui concerne la foi et la vie chrétienne, autorité souveraine en ces matières. 2. I1s en déduisent la nécessité d’adhérer personnellement, de manière consciente et volontaire à ce que la Parole demande : accepter le salut par un acte de foi (= conversion ou nouvelle naissance) et conformer sa vie aux exigences de l’Évangile (premier sens du mot évangélique dans le dictionnaire).

Cela revient à dire qu’on n’est pas chrétien évangélique parce qu’on est né dans un pays chrétien ou une famille protestante, parce qu’on a été soumis à un rite d’initiation ou à un enseignement catéchètique, mais parce qu’on a pris personnellement position en face des exigences de Jésus-Christ. Cela signifie qu’il y a, dans la religion chrétienne, un aspect objectif : ce que Dieu a fait (révélation, rédemption par le Christ) et un côté subjectif (acceptation par la foi de l’œuvre de Dieu). L’équilibre entre ces deux aspects a été, depuis le début, l’enjeu du christianisme : constamment, l’Église a oscillé entre le monergisme déterministe où Dieu est censé agir en l’homme comme en un objet, et le synergisme où Dieu et l’homme collaborent au salut. Les évangéliques refusent ces deux erreurs et affirment à la fois la souveraineté de l’action divine et la nécessité d’une prise de position humaine.

À ces deux critères fondamentaux s’ajoutent, selon les auteurs, d’autres caractéristiques que nous verrons plus loin.7

 

Une longue lignée historique

 

1. L’Église du Nouveau Testament

 

Si, armés de deux premiers critères, nous explorons l’histoire de l’Église, nous découvrirons une foule d’évangéliques : la plupart des Pères apostoliques et des Pères de l’Église ont affirmé l’autorité souveraine des Écritures et la nécessité d’une conversion personnelle suivie d’une vie chrétienne conséquente. Telle fut aussi la prédication de tous ceux qui, au cours du Moyen âge, ont protesté contre l’institutionalisme de leur Église : Priscillien, Pierre Valdo, les Lollards, Savonarole, Jean Hus, etc.

L’Église du Nouveau Testament est le point de référence commun à tous les réveils évangéliques. Puisque l’Écriture est la norme de tout enseignement évangélique, tous ceux qui s’opposeront au cours des siècles à l’Église institutionnelle, le feront par un appel à la Parole de Dieu, à laquelle il faut revenir.

Dans la formation de l’évangélisme moderne, on peut distinguer, comme Christopher Sinclair, cinq moments importants :

  1. L’Église du Nouveau Testament « qui constitue la base à laquelle on se référera constamment par la suite » (Sinclair, p. 22) ;

  2. la Réforme protestante du 16e siècle ;

  3. le Réveil piétiste et méthodiste (1750-1850) ;

  4. la controverse autour du modernisme (1850-1920) ;

  5. l’apparition, puis l’essor du Pentecôtisme et du mouvement charismatique.

 

Entre le premier et le deuxième moment, le catholique Ph. Larère insère deux mouvements « évangéliques » du Moyen âge : les Vaudois qui « se heurtent à l’incompréhension de l’Église en place et se perdent dans la marginalité » et les Franciscains « qui se développent à l’intérieur même de l’institution ecclésiale » (91 p. 22).

 

2. La Réforme du 16e siècle

Les deux points cités plus haut (autorité de la Bible et nouvelle naissance) constituaient l’armature fondamentale de la prédication des Réformateurs. C’est la raison pour laquelle les Églises de la Réforme furent appelées évangéliques (d’où le deuxième sens du dictionnaire). Dans les pays germanophones, le mot evangelisch est encore aujourd’hui un simple synonyme de protestant. C’est pourquoi, dans ces pays, les évangéliques (dans le sens défini plus haut) ont inventé le mot evangelikal pour se démarquer des autres fractions du protestantisme.

« En affirmant l’autorité souveraine des Écritures en matière de foi et de doctrine, la Réforme a abouti à une désacralisation de l’institution ecclésiastique : celle-ci n’était plus forcément, per se, porteuse de la vérité, elle était soumise au principe scripturaire et sa fidélité devait être évaluée à partir de la Bible. Ce geste de la Réforme, pour l’institution religieuse chrétienne, a eu une portée considérable car il relativisait à jamais toutes les régulations humaines de la vérité chrétienne. Le lieu de la vérité religieuse n’était plus dans l’institution, mais dans le message transmis et sa fidélité au donné biblique. La légitimité était déplacée de la fonction à l’action de l’Église, à son orientation » (J.-P. Willaime, 92 p. 19-20).

Certains collaborateurs des Réformateurs ne furent pas convaincus du caractère évangélique (dans le sens de conforme à l’Évangile) des réformes proposées : la structure de l’Église et son union avec l’État restaient intouchées. Pour garantir la décision personnelle des membres de l’Église, ils voulaient revenir au symbole qui la marquait au cours des premiers siècles, c’est-à-dire au baptême des croyants. Ces partisans de la réforme « radicale » furent appelés anabaptistes puis mennonites. Une branche du mouvement prit le nom de « baptiste ».

« Dès le 16e siècle, les Églises protestantes dites officielles ont toujours dû tenir compte des mouvements latéraux qui maintenaient une tension bénéfique pour l’Église issue de la Réforme » (O. Rosselet, 96 p. 7). « Zwingli voulait réformer l’Église et la société du Moyen âge, les anabaptistes voulaient restituer l’Église des apôtres, y compris, s’il le fallait, dans sa condition de minorité persécutée » (J. Blandenier, 95 p. 7).8

Robert Somerville rappelle la double origine des Églises de professants de type baptiste : « D’une part, au XVIe siècle, les 'frères de Zürich' (appelés par leurs adversaires 'anabaptistes') réclamant à Zwingli la séparation de l’Église et de l’État dans le souci d’avoir une Église réellement libre, formée des seules personnes prêtes à s’engager dans une vie de disciples. D’autre part, les 'séparatistes' anglais au début du XVIIe siècle, persécutés par l’Église d’Angleterre parce qu’ils refusaient de reconnaître comme chrétiens tous les habitants d’une paroisse du seul fait qu’ils avaient été baptisés dans l’enfance. Conduits à chercher refuge en Hollande, ils y ont rencontré des descendants des 'anabaptistes' suisses qui les ont convaincus que le seul vrai baptême était le baptême des croyants. Leur conviction est que la venue de Jésus-Christ a profondément changé la façon dont le peuple de Dieu se constitue. Dans l’Ancienne Alliance, il s’agissait d’une nation, dont on était membre par la naissance (et la circoncision des enfants mâles). Dans la Nouvelle Alliance, 'seule la foi crée l’appartenance au peuple de Dieu'. L’Église de Jésus-Christ est un peuple de croyants, d’hommes et de femmes qui se sont convertis à Jésus-Christ et lui appartiennent. Ainsi, dans le livre des Actes (4.32), l’Église est décrite comme 'la multitude de ceux qui avaient cru' » (97 pp. 72-73).

Dès le début, la Réforme était marquée par une grande diversité : « théocentrisme de Calvin, christocentrisme de Luther, pneumatocentrisme des anabaptistes. Accent calviniste sur l’objectivité et l’orthodoxie de la doctrine, accent luthérien sur l’expérience de la grâce et la relation vécue avec le Christ, accent des anabaptistes sur la rupture entre l’Église et la société civile, sur une ecclésiologie conforme à celle de l’Église primitive » (J. Blandenier, 95 p. 5).

D’ailleurs, sur ce plan de l’ecclésiologie, on trouvait de grandes différences, même entre les Réformateurs « officiels ». Pour Martin Bucer, le Réformateur strasbourgeois, « la véritable Église, ce n’était pas la grande paroisse mais des groupes de maisons (Gemeinschaften) formés de convertis qui s’édifient mutuellement et nomment leurs anciens sans l’intervention du pouvoir civil » (O. Rosselet, 96 p. 56). Il reprenait la vision du « premier Luther » développée dans sa Deutsche Messe.9

Pourquoi certains Réformateurs sont-ils considérés comme « officiels » et certaines branches de la Réforme sont-elles plus « officielles » que d’autres ? Au 16e siècle, dans les pays touchés par la Réforme, puisqu’il n’y a plus de magistère qui décide qui a raison, « deviendront théologies 'protestantes' officielle celles qui trouvent un soutien politique » (N. Blough, 95 p. 78).

C’est contre cette « politisation » de la Réforme que s’élèveront les Réformateurs de l’aile radicale, en dénonçant la « synthèse constantinienne ». « La plupart des dissidents prône, en effet, une Église séparée de l’État, une Église qui n’impose pas la foi à toute une population, mais qui la propose à ceux qui voudraient y répondre » (Id. Ibid.). « Pour les anabaptistes, Luther et Zwingli avaient tout simplement trahi la Réforme et l’Écriture, créant de nouvelles Églises constantiniennes s’appuyant sur le pouvoir civil » (p. 80).

L’historiographie actuelle a reconnu que l’aile « gauche » de la Réforme n’était pas une dissidence hérétique, une déviation sectaire, mais un essai de réalisation « radicale » des prémisses de base des Réformateurs, en particulier de la Sola Scriptura : c’est à une Église conforme au modèle scripturaire que les Réformateurs anabaptistes voulaient revenir. C’est pourquoi « il est possible de décrire cette dissidence comme un phénomène foncièrement protestant et de considérer les dissidents comme faisant partie intégrante de ce que nous appelons la Réforme » (Id. Ibid.).

« Pour Tröltsch, mais aussi pour d’autres comme Max Weber, au contraire des 'vieux protestants' (Luther et Calvin) qui restent captifs de la mentalité médiévale, les dissidents sont considérés comme ayant contribué positivement à la naissance du monde moderne » (N. Blough, 95 p. 76).

« Le courant évangélique se situe plus particulièrement dans le prolongement de la Réforme 'radicale' (Anabaptistes), de la Réforme calviniste (Presbytériens, Puritains, tendance Low Church de l’Église Anglicane) et des Églises 'dissidentes' (Indépendants, Baptistes)… À partir de la fin du 16e siècle, l’évangélisme commence à s’affirmer comme un courant théologique distinct à l’intérieur du protestantisme » (Chr. Sinclair, 91 p. 27).

Les Églises évangéliques se situent généralement plus que les autres Églises protestantes du côté de l’« aile gauche » de la Réforme, c.-à-d. de la Réforme radicale des Anabaptistes.

3. Le Piétisme et le Méthodisme

 

Au 17e siècle, la religion de beaucoup d’Evangelischen était devenue une simple adhésion intellectuelle ou sociologique à une confession de foi, sans conséquence sur la conduite de la vie. C’est contre cette « orthodoxie morte » que se sont élevés des hommes comme Spener, Francke, Zinzendorf, Neander, Tersteegen, pour insister sur la nécessité d’une « foi de cœur » et d’une vie sainte. Dans leur sillage sont nées des « ecclesiolae in ecclesia », des Gemeinschaften, c.-à-d. des communautés plus ou moins liées aux Églises luthériennes. C’est là que se retrouve encore aujourd’hui une bonne partie des évangéliques des pays germanophones. Le terme de Piétistes dont ils furent affublés est souvent utilisé dans un sens assez large, synonyme d’évangéliques.

« Le remède (à l’état de l’Église au 17e siècle) selon Spener, c’est de revenir à la simplicité de la prédication de l’Évangile du salut par la foi en Jésus-Christ, en abandonnant toute prétention au prestige et à la virtuosité théologique. C’est de prêcher la conversion et la sanctification, c’est d’appeler les chrétiens à la lecture de la Bible et à une vie de prière en s’éloignant des mondanités qui étouffent la vraie piété. Pratiquement, Spener réalisera le projet bucérien des Gemeinschaften. Des groupes de croyants se réunissaient deux fois par semaine, dont le dimanche après-midi, pour poser des questions à propos de la prédication entendue le matin même et discerner ses implications pratiques, pour s’exhorter mutuellement, chanter des cantiques, pratiquer la prière en groupes, lire des ouvrages édifiants et même s’entretenir de sujets politiques » (J. Blandenier, 95 p. 16).

Parlant des Piétistes dans ce sens large, P. Barthel, qui était, à l’époque, doyen de la Faculté de théologie de Neuchâtel, a essayé de faire un inventaire de l’essentiel des convictions doctrinales et des positions apologétiques qui les caractérisent10.

  1. Une personnalisation radicale du message chrétien, qui entraîne

  2. elle de l’acte de contrition, de repentance et de foi ; d’où

  3. une place centrale donnée à la nouvelle naissance qui fait de nous des enfants de Dieu.

  4. Foi et obéissance sont inséparables : la foi professée s’exprime dans des « œuvres ».

  5. L’action de grâces pour le salut reçu mène à l’engagement évangélisateur et à la mission.

  6. L’Église universelle s’exprime dans les Églises locales.

  7. Fidélité inconditionnelle aux enseignements de la Bible, Parole de Dieu (= Fondamentalisme).

  8. Lecture participative de la Bible, c’est-à-dire qui comprend son message par une participation subjective au sens du langage religieux utilisé.

  9. Seules les Églises qui se conforment au plus près au modèle néotestamentaire seront demain les instruments de l’œuvre de Dieu dans le monde. Et il cite Martin Schmidt (RGG vol V) : « Le Piétisme… est l’essai le plus grand, le plus profond et le plus ample de reconstitution du christianisme primitif aux temps modernes11 ».

 

« Ce double héritage, piétiste-luthérien (où la place de l’expérience est importante) et calviniste (où l’accent porte plutôt sur la rigueur doctrinale) fut peut-être le 'mélange détonant' qui donna au Réveil sa vigueur et sa longévité » (J. Blandenier, Semailles et moisson 10. 91 p. 6).

 

« L’héritage du piétisme, dit H. Rüegger se manifeste (dans la mouvance évangélique), par l’accentuation d’une foi personnelle, existentielle, expérimentale et confessante… Cette manière de mettre en pratique la foi nécessite une décision volontaire qui est plus importante qu’une formulation doctrinale théologiquement correcte de la foi » (96 p. 2).

C’est parmi les chrétiens touchés par ce Réveil et qui sont restés dans leur Église d’origine (anglicane, presbytérienne, baptiste ou congrégationaliste) qu’apparaît pour la première fois un groupe distinct qui s’auto-désigne comme « évangélique » (evangelical) en s’opposant aux « chrétiens de nom » (nominal Christians) qui n’ont « pas connu l’expérience de revivification religieuse apportée par le Réveil » (Chr. Sinclair p. 28).

Le Méthodisme et ses suites

 

Au 18e siècle, l’état moral et religieux de l’Angleterre était au plus bas. À peine 5 % de la population « pratiquait » encore dans l’Église anglicane. John Wesley, héritier spirituel des Moraves et des Piétistes, prêcha la nécessité de la conversion personnelle et de la sanctification12. Il fut à l’origine du mouvement méthodiste qui, d’abord, ne voulut être qu’un renouvellement de l’Église d’Angleterre. « L’appel à la repentance et à la conversion, le secours aux plus démunis, l’importance des groupes d’édification pour les nouveaux convertis, l’engagement des laïcs pour la prédication et la direction de ces groupes, l’accent sur la sanctification personnelle menée jusqu’à la perfection caractérisent le mouvement fondé par Wesley et le situent dans la mouvance évangélique » (J. Blandenier, 95 p. 19).

 

Le Méthodisme engendra une série de Réveils et de mouvements qui, tous, portent les deux marques dominantes de l’évangélisme : Réveils d’Oxford, d’Écosse, de Scandinavie, d’Allemagne, de Russie, d’Amérique, de Genève13. Ce dernier nous touche de plus près car il a donné naissance à des Églises évangéliques bien implantées dans nos pays : Églises « dissidentes » ou Assemblées de Frères, Églises libres.

Les trois traits caractéristiques du Réveil du 19e siècle sont : 1. la marque du piétisme luthérien, 2. un enseignement théologique plus élaboré, avec la redécouverte de l’enracinement calviniste et 3. l’émergence d’une ecclésiologie professante remontant à l’anabaptisme du 16e siècle (J. Blandenier, 95 p. 32). Les Églises méthodistes qui ont maintenu les principes initiaux et le mouvement d’évangélisation qui en est issu : l’Armée du Salut, font également partie des évangéliques.

 

4. La controverse moderniste

 

La controverse autour du modernisme (1850-1920) oppose protestants libéraux et protestants orthodoxes. Le mouvement évangélique devient le point de ralliement de ces derniers, qualifiés de « conservateurs » ou « fondamentalistes ».

 

Évangéliques et Fondamentalistes

 

Aux 17e et 18e siècles, les « grandes Églises » se faisaient les défenseurs attitrés de l’héritage de la Réforme. Au début du 19e siècle, « les cartes vont se distribuer assez différemment : le souci de l’orthodoxie et de fidélité à la doctrine de la Réforme va quitter le camp de l’institution pour se trouver du côté de la dissidence » (J. Blandenier, 95 p. 23).

 

Dès le 18e siècle, le terme evangelical fut employé en Angleterre pour désigner ceux qui reconnaissaient l’autorité plénière des Saintes Écritures. Vers 1800, des chrétiens évangéliques de différentes Églises ont fondé ensemble les grandes sociétés bibliques et missionnaires. En 1846, 921 délégués de 52 dénominations venant d’une dizaine de pays d’Europe et d’Amérique ont créé l’Alliance Évangélique.

Vers la fin du 19e siècle, alors que les bases doctrinales de la foi étaient attaquées par les théories libérales, des théologiens conservateurs ont publié une liste de « fondements » doctrinaux (Fundamentals) qu’il fallait maintenir coûte que coûte (Infaillibilité des Écritures, divinité du Christ, sa naissance virginale, sa mort expiatoire, sa résurrection corporelle et son retour personnel). En 1909, B.B. Warfield, Ryle, Moule et d’autres publièrent une revue sous ce titre (Fundamentals) qui donna son nom (Fondamentalistes) à tous ceux qui adoptaient ces principes.

Au départ, les Fondamentalistes étaient des théologiens de renom qui s’étaient accordés sur des points essentiels malgré leurs divergences sur des points secondaires. Mais par la suite, les théologiens compétents étant de moins en moins nombreux dans les rangs des Fondamentalistes, ceux-ci se discréditèrent aux yeux du grand public par l’emploi d’arguments spécieux et de méthodes contestables14.

L’épithète de « fondamentaliste » a pris aujourd’hui une connotation nettement péjorative, mais, comme le note Jean-Paul Willaime dans La précarité protestante : « À certains égards, on peut dire qu’avec son affirmation de la Sola Scriptura, le protestantisme est un fondamentalisme au sens où il veut réaffirmer les fondements scripturaires de la foi chrétienne et s’en tenir à ces fondements contre toute interprétation de l’institution qui apparaîtrait divergente » (92 p. 64).

Le mot fondamentalisme est souvent mis en parallèle avec celui d’intégrisme encore plus péjoratif (les « intégristes musulmans »). J.P. Willaime précise que « le fondamentalisme protestant est un radicalisme religieux affirmant l’infaillibilité de la Bible et non un intégrisme affirmant l’infaillibilité de l’institution » (92 p. 64).

La polarisation libéraux – évangéliques a divisé le protestantisme américain à la fin du 19e siècle et pendant le premier quart du 20e siècle. La controverse, qui s’était calmée pendant la période de retrait des conservateurs s’est ranimée en 1943.

Lecture « minimaliste » d’un côté (où l’on ôte de la Bible les passages que l’on pense ne pas être « inspirés ») ; lecture maximaliste de l’autre (La Bible est inspirée d’une couverture à l’autre, tous les domaines de la vie sont prévus et réglés par la Parole de Dieu). Les deux groupes ne divergent pas seulement sur la nature de la Bible, mais aussi sur la vie et la personne de Jésus-Christ, ainsi que sur des questions d’éthique comme l’avortement, la pornographie, les dépenses du gouvernement, la défense du pays…

Le mouvement fondamentaliste était une réaction « face au culturel et religieux, face aux mobilités et fluidités contemporaines semblant indiquer que 'tout se vaut', on veut se fixer quelque part et arrêter l’inflation générale du sens » (J.-P. Willaime, 92 p. 62). « Ce sont des réactions à la déstabilisation culturelle et à l’anomie religieuse » (Ibid.).

« Quoi qu’il en soit, dit le pasteur Rüegger, les évangéliques n’adhèrent pas tous à une conception fondamentaliste de la Bible » (96 p. 2). « Le fondamentalisme n’est qu’un type particulier du mouvement évangélique » (p. 4), et il ne serait pas juste de traiter tous les évangéliques de fondamentalistes (surtout avec la connotation péjorative que ce terme a pris dans le monde actuel).

Dans beaucoup de pays, l’Evangélisme a passé par un creux de vague après 1950. Au milieu du 20e siècle, il ne représentait plus que 2 à 3 % de la population anglaise, par exemple. Puis, d’une attitude purement défensive et conservatrice, il a passé à une attitude qui se veut offensive. « Il ne s’agit plus pour lui de simplement conserver une orthodoxie (comme ce fut peut-être le cas durant la première moitié du 20e siècle). Cette orthodoxie est redevenue à ses yeux un 'message vivant', qu’il entend réactiver, proclamer et propager » (Chr. Sinclair, 94 p. 48-49)15.

 

Les « nouveaux évangéliques »

 

En 1946, trois théologiens américains, Harold Ockenga, Edward Carnell et Carl Henry, insatisfaits à la fois du libéralisme et de l’orientation prise par le Fondamentalisme, posèrent indépendamment les bases d’un renouveau théologique qui marquera profondément cette seconde moitié du 20e siècle. Leur souci premier fut un enseignement théologique de qualité qui n’élude pas les problèmes mais les aborde au niveau des travaux de leurs collègues universitaires16.

Ces « nouveaux évangéliques » donnèrent l’impulsion à la fondation d’un certain nombre de Facultés de théologie (Fuller, Gordon) où enseignèrent des hommes de la trempe des Everett Harrison, Harold Lindsell, Wilbur Smith… Les années 1946-1948 virent également une explosion sans précédent de la production littéraire théologique prenant position sur des problèmes négligés par le Fondamentalisme (sociaux, éthiques, philosophiques, scientifiques, apologétiques), sur un niveau acceptable par des hommes formés à des méthodes scientifiques rigoureuses17.

Dès le début, ils manifestèrent un vif intérêt pour l’évangélisation. Billy Graham, élevé dans la stricte tradition du Fondamentalisme, rejoignit peu à peu leurs convictions. Leur influence se fit sentir très fortement dans les rencontres des Groupes Bibliques Universitaires (InterVarsity Fellowship) fondés en 1928 sur la base doctrinale de l’Alliance Évangélique. Dans l’intervalle, c’était devenu un must mondial, au-delà du monde anglophone. En 1947, l’organisation américaine se joignit aux organisations similaires du Canada et de Grande-Bretagne pour constituer l’Union Internationale des Groupes Bibliques Universitaires (IFES : International Fellowship of Evangelical Students) où des étudiants et des théologiens se rencontraient pour asseoir leur foi sur des bases solides. Leur maison d’édition (IVP) devint le moyen d’expression principal des « nouveaux évangéliques », publiant des ouvrages théologiques que les libéraux eux-mêmes ne pouvaient plus ignorer (Nouveau Dictionnaire Biblique, Nouveau Commentaire Biblique, Introductions à l’Ancien et au Nouveau Testaments, série de commentaires détaillés, études sur toutes les questions théologiques actuelles).

Aux auteurs cités plus haut se joignirent des hommes comme John Stott, chapelain de la reine d’Angleterre, des professeurs comme F.F. Bruce, W. Albright, Gl. Archer, P. Beasley-Murray, G.T. Manley, Howard Marshall, Ralph Martin, Leon Morris, D. Guthrie, J.I. Packer, D.J. Wiseman, R.V.G. Tasker… dont l’autorité scientifique était reconnue bien au-delà des milieux évangéliques. Aussi l’édition évangélique connut-elle un développement considérable : de nouvelles maisons virent le jour, leurs chiffres d’affaires montaient en flèche (en Amérique !) pendant que les éditeurs libéraux déclinaient. Les Églises évangéliques se multipliaient et se remplissaient d’année en année. Leurs écoles du dimanche attiraient des millions d’enfants. Bientôt le mouvement évangélique s’étendit au monde entier grâce à l’intérêt missionnaire des évangéliques.

Bien que le mouvement du « New Evangelism » né en 1946 ait joué un rôle déterminant dans l’expansion des évangéliques au cours de ces dernières décennies, il serait cependant faux de penser que tous les évangéliques actuels se réclament de cette tendance. Ils en ont tous été plus ou moins marqués, mais leurs traits principaux relèvent d’un passé plus lointain qui explique leur diversité.

5. Pentecôtisme et mouvement charismatique

 

Enfin, au début de ce siècle, est né un autre mouvement de retour aux sources mettant l’accent sur la permanence des dons miraculeux qui ont marqué l’Église primitive : prophétie, guérison, don des langues. Ce mouvement appelé pentecôtiste connut une extension considérable et donna naissance, dans la seconde moitié de notre siècle, au courant « charismatique » qui s’étendit dans toutes les grandes Églises historiques. L’apparition puis l’essor du pentecôtisme et du charismatisme au 20e siècle ont profondément influencé l’Evangélisme contemporain (Chr. Sinclair 94 p. 27-29). L’attachement de la plupart des Pentecôtistes et des charismatiques aux deux principes fondamentaux cités plus haut les font également classer parmi les évangéliques18.

Le début du 21e siècle, dit Sinclair, « verra peut-être un 6e moment : la constitution de l’Evangélisme en mouvement interconfessionnel (protestant – catholique – grec orthodoxe), à partir de l’œcuménisme conservateur qui se développe actuellement dans la chrétienté » (Chr. Sinclair, 94 p. 91).

La résultante de cinq siècles de redécouvertes

Une définition complète du mouvement évangélique doit tenir compte de ces différents moments qui ont laissé des traces plus ou moins importantes sur la pensée et la pratique évangéliques actuelles. Chr. Sinclair les note ainsi :

« De la Bible et de l’Église primitive, l’évangélisme tire l’essentiel de son message. Mais, parmi les caractéristiques qu’il affirme tenir de ces 'moments fondateurs' du christianisme, certaines lui parviennent médiatisées par les moments historiques subséquents :

  1. Du Protestantisme radical, puritain et dissident, l’Evangélisme d’aujourd’hui conserve notamment : l’idée de la responsabilité morale individuelle, l’éthique (a) puritaine, l’idée que l’Église est une association volontaire de croyants qui se sont convertis sciemment au Christ (gathered Church ; notion d’Église de professants).
     

  2. Du piétisme, l’évangélisme actuel conserve : l’accent mis sur la relation personnelle du croyant avec Dieu (vécue dans la prière et la lecture personnelle de la Bible) ; l’engagement caritatif et social ; le zèle missionnaire en direction des non-chrétiens ; le revivalisme, autrement dit la volonté de 'réveiller' et de sauver les chrétiens 'tièdes' ou chrétiens 'de nom' (nominal Christians). À la 'froide orthodoxie' ou à la 'religion formaliste', le piétisme évangélique entend opposer pour ainsi dire – une 'chaude orthodoxie', conjuguant exactitude doctrinale et engagement existentiel.
     

  3. De la controverse anti-moderniste, l’Evangélisme contemporain conserve les traits suivants : « Il insiste sur l’objectivité des 'vérités théologiques' contenues dans les credos traditionnels de la chrétienté (Nicée Constantinople ; Confession de Westminster ; Trente-neuf Articles…). L’Evangélisme, encore une fois, se veut un mouvement chrétien orthodoxe. Les Églises ou organisations évangéliques ont en général une 'base doctrinale' ou une 'confession de foi' où sont énumérées les 'vérités fondamentales de la foi chrétienne' auxquelles un croyant orthodoxe est tenu d’adhérer.

 

« L’Evangélisme insiste également sur la Bible comme révélation de Dieu. Il met en avant l’autorité de l’Écriture, son inspiration divine, son caractère infaillible. Même s’il reconnaît la présence de symboles dans la Bible, il considère que l’Écriture contient un nombre bien plus important de références historiques objectives (se rapportant 'littéralement' et sans erreur à des événements ayant eu lieu réellement) que ne le concède généralement la théologie libérale-moderniste. Pour l’Evangélisme, p. ex., le caractère miraculeux de certains récits bibliques n’en fait pas pour autant des récits légendaires.

« Cependant, en rapport avec ces questions (Bible et orthodoxie), le mouvement évangélique abrite plusieurs tendances en son sein. Il possède une aile conservatrice, dont la théologie présente beaucoup d’affinités avec la théologie développée par les milieux fondamentalistes américains de la fin du siècle dernier. Les représentants de cette tendance conservatrice entendent défendre 'l’inerrance de la Bible', concept qui exprime leur volonté de résister avec fermeté à l’influence de la théologie libérale. Il possède aussi une aile plus libérale, qui a intégré certains apports de la haute-critique et qui est plus ouverte à une collaboration avec d’autres tendances théologiques (libéraux, catholiques,…). Cette aile 'libérale', qui se contente d’une Bible 'infaillible, digne de confiance et faisant autorité' (et non forcément inerrante dans ses détails), existe depuis le siècle dernier. Elle semble actuellement revenir sur le devant de la scène, après une période de retrait » (Chr. Sinclair 94 p. 28-34).

Délimitations

Tous ces mouvements sont nés d’un besoin ressenti par un ou plusieurs hommes en face d’une déficience de la branche majoritaire du christianisme dans laquelle ils vivaient. C’est donc par opposition aux tendances dominantes de l’époque que leur Église ou leur mouvement s’est constitué et propagé. Cela explique en grande partie la diversité du mouvement évangélique. Sa convergence sur les points fondamentaux est d’autant plus significative.

Au cours des siècles, ces hommes ont redécouvert une vérité de la Parole ou un aspect tombé dans l’oubli. Ils ont entraîné dans leur sillage des hommes et des femmes également insatisfaits de l’état de l’Église et en recherche de vérité et d’authenticité – non par fanatisme religieux mais poussés par un besoin profond de vivre selon la volonté de Dieu révélée dans l’Écriture19.

Définitions élastiques du mot « évangélique »

 

Après ce bref survol historique, nous comprenons que bien des groupes peuvent revendiquer le nom d’évangéliques. Certains de ces groupements ont évolué vers des positions différentes des positions initiales. Bon nombre d’Églises baptistes ou méthodistes des États-Unis hésiteraient à souscrire aux deux principes fondamentaux des évangéliques. C’est pourquoi la frontière entre évangéliques et non-évangéliques passe souvent à l’intérieur d’une même dénomination. D’autre part, à l’intérieur des « grandes Églises » réformée, luthérienne, anglicane ou même catholique, des chrétiens individuels adhèrent pleinement aux principes fondamentaux évoqués et se classent donc parmi les évangéliques. Les définitions du mot « évangélique » sont donc plus ou moins extensives.

 

1. Sur le plan historique, il comprend soit

   a. tous ceux qui ont défendu l’autorité souveraine des Écritures et la conversion personnelle,

   b. seulement les Piétistes et les mouvements nés après eux,

   c. seulement ceux qui se sont ralliés au mouvement « evangelical » depuis le 19e siècle,

   d. seulement les « nouveaux évangéliques ».

2. Sur le plan dogmatique, on y englobe soit

   a. tous ceux qui acceptent les deux fondements cités quelles que soient leur interprétation de ces principes et leur appartenance

   b. seulement ceux qui adhèrent à une certaine théorie de l’inspiration et à une certaine forme de la conversion,

   c. seulement ceux qui font partie d’une Église évangélique ayant adopté les deux principes fondamentaux dans sa confession de foi.

 

Selon les endroits, les Pentecôtistes ou les Adventistes font partie ou non de l’Alliance Évangélique.

 

Dans l’Encyclopaedia Universalis, (édition de 1985, sous la rubrique « Évangélisme » de l’article « Protestantisme »), Jean Baubérot parle de « courants dont les frontières ne recoupent pas celles des organisations ecclésiastiques ». Ces courants, dit D. Zimmerlin, affectent, « à l’intérieur d’une même dénomination, des Églises locales – qui peuvent être de tendances différentes – et, dans une même Église locale, certains membres peuvent être d’une tendance, d’autres d’une autre » (97 p. 80).

« Évangélique n’est pas une marque déposée. Il faudrait avoir une prétention 'pontificale' pour s’octroyer le rôle d’accorder ou de dénier le label… S’il est possible de s’essayer à décrire ce qui est au cœur du caractère évangélique, qui oserait affirmer à partir de quelle limite exacte on franchit la frontière » ? (J. Blandenier, Identité p. 1).

Suivant les auteurs, l’évangélisme comprend, outre les deux marques fondamentales relevées plus haut, divers traits qui le distinguent des autres fractions du christianisme.

Billy Graham définissait l’évangélique en disant que c’est un « chrétien 1. qui affirme que Dieu a pris place dans sa vie, 2. que la Bible, considérée comme Parole de Dieu, est sa référence en matière de foi et de comportement, 3. qui aimera s’associer à ceux qui partagent ses convictions et son expérience » (La paix avec Dieu, 1954 p. 97).

Le noyau intangible de la priorité des deux principes (« Il vous faut naître de nouveau » et « retour à la Bible ») « peut estomper les différences dénominationnelles, sociales, culturelles, raciales et économiques » (D. Zimmerlin, 97 p. 120).

La revue ICHTHUS, qui fut pendant de longues années porte-parole des évangéliques les définissait ainsi : « Sont évangéliques, pour nous, les chrétiens qui s’attachent sans défaillance aux grandes affirmations du Credo, qui prêchent la justification par la foi et la conversion personnelle, et qui affirment sans réserve l’autorité de l’Écriture sainte » (ICHTHUS N° 2, avril 1970 p. 18).

Plus récemment, D. Zimmerlin dit que « la mouvance complexe à laquelle peut être appliqué le terme 'evangelicalism' depuis une vingtaine d’années (c.-à-d. entre 1970 et 1980) est un ensemble théologiquement et socialement 'conservateur' face au courant dit 'libéral'. En moins d’une génération, cette mouvance a conforté ses positions et devancé le courant libéral qui a vu s’effriter les siennes » (97 p. 13).

Le sociologue J.P. Willaime, professeur à la Sorbonne, dit : « Deux éléments essentiels caractérisent en définitive le courant évangélique contemporain : d’une part le fait que la vérité religieuse n’est pas, comme chez Barth, la vérité qui vient mais un donné directement appréhendable dans les Écritures (fondamentalisme biblique) ; d’autre part, il s’agit plus du retour à une orthodoxie traditionnelle, celle des 'orthodoxes' du début du siècle, que d’une nouvelle systématisation théologique » (92 p. 57).

David Bebbington voit « quatre caractéristiques permanentes de la religion évangélique » : conversionism, activism, biblicism et crucicentrism. (89 p. 2-3). Autrement dit : les évangéliques « accordent une place centrale à quatre points : à la notion de 'conversion', à l’activité religieuse, à la valeur immuable et inaltérable de la Bible et de la crucifixion du Christ » (D. Zimmerlin, 97 p. 82). C’est-à-dire que les évangéliques insistent sur « 1. la croyance que les vies doivent être changées ; 2. l’expression de l’Évangile par l’effort ; 3. une façon particulière de considérer et d’estimer la Bible ; 4. un accent sur le sacrifice du Christ sur la croix » (Bebbington, p. 3).

Bernard Bolay cite 6 grands axes de l’identité évangélique :

  1. le rapport à Dieu libre de tout intermédiaire…

  2. le rapport décisif à l’Écriture (Sola Scriptura, défense et illustration de l’autorité et de la véracité des Écritures canoniques) ;

  3. l’expérience de la conversion personnelle (qu’il développe plus en détail).

  4. Le rapport à l’homme et au monde marqué par la sévérité du diagnostic et par la rupture.

  5. le souci missionnaire et l’évangélisation, et l’accent mis sur les œuvres bonnes en accord avec l’éthique révélée.

  6. La force de l’esprit communautaire et le caractère confessant des Églises évangéliques (95 pp. 88-89).

 

« L’évangélisme est une réalité internationale issue de la Réforme en Europe, des œuvres missionnaires européennes et américaines de la première période (19e siècle, début du 20e) et de missions, surtout américaines, de la deuxième moitié du 20e siècle » (D. Zimmerlin, 97 p. 84).

 

« Les évangéliques voient l’Église comme seule médiatrice entre l’Évangile et le monde (schème de rupture), les œcuméniques voient l’action de Dieu dans le monde sans qu’il soit forcément nécessaire de passer par l’Église (schème de continuité) » (O. Rosselet, 96 p. 31). Le schème de rupture est toujours sous-jacent à l’approche des Églises évangéliques, comme le schème de continuité est toujours présent pour les Églises réformées » (p. 32).

 

Évangéliques = protestants ?

G. Dagon pose la question si les Églises évangéliques sont protestantes. Sa réponse est à la fois oui et non. « Oui, dans ce sens qu’elles acceptent les grandes redécouvertes de la Réforme du 16e siècle : autorité de l’Écriture Sainte, salut par la grâce, libre accès à Dieu sans intermédiaire, etc., perdues de vue depuis des siècles. – Non, parce qu’elles ne partagent pas l’évolution actuelle du protestantisme officiel : critique biblique, sacrements, œcuménisme, laxisme moral, etc. » (93 p. 6).

Unité ?

En parcourant l’Annuaire évangélique qui fait le recensement des différentes Églises et Oeuvres évangéliques, on trouve une cinquantaine de dénominations différentes donnant l’impression d’une diversité et d’un morcellement infinis.

Peut-on dans ce cas parler « des évangéliques » comme s’il s’agissait d’une catégorie de chrétiens – comme on parle des catholiques ou des orthodoxes ? Oui, car sous leurs diversités apparentes et réelles, existe un substratum commun, bien plus important que leurs divergences. C’est ce fond commun qui leur donne une réelle unité spirituelle, théologique et d’action qu’il nous faut examiner à présent.

 

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1. Dans un document émanant du cœur de l'évangélisme américain, le Centre Billy Graham de Wheaton, Joël Carpenter définit les évangéliques ainsi : « Les évangéliques ont souligné le fait qu’on ne trouve le salut que par une foi personnelle dans la mort expiatoire du Christ et la puissance du Saint-Esprit transformant la vie. Ils considèrent ces vérités comme étant le thème central de la Bible, qu’ils croient inspirée par Dieu et constituant l’autorité suprême en matières de foi et de vie chrétienne. Le label ‘évangélique’dit aussi que ces chrétiens veulent proclamer cet Évangile à d’autres par la parole et les actes » (in Shuster D. – Stambaught J. – Weimer F. 90 p. IX).

2. « Il s’agit d’un mouvement dont l’unité repose sur deux principes : premièrement ‘La Bible est la Parole de Dieu’ et deuxièmement ‘Le salut et la participation aux activités religieuses reposent sur l’adhésion volontaire des individus’ » (D. Zimmerlin, 97 p. 14).

3. « L’évangélisme peut se définir comme un mouvement orthodoxe, attaché à conserver et à transmettre la révélation biblique. Il se veut l’héritier du christianisme primitif et de la Réforme protestante » (Ch. Sinclair, 94 p. 9). « Parce qu’ils sont fermement attachés au premier grand principe de la Réforme, « sola scriptura » (l’Ecriture seule), les évangéliques ont le souci de ne pas s’écarter des vérités essentielles de la foi chrétienne transmises par les apôtres » (R. Somerville, p. 69).

4. Voir dans A. Kuen Il vous faut naître de nouveau, pp. 161-209, les témoignages très divers d’expériences de conversion d’hommes et de femmes de Dieu.

 

5. Voir dans Il vous faut naître de nouveau pp. 118-129. Voir aussi B. Bolay Conversion oblige ! Les critères de la conversion selon le Nouveau Testament Genève Je sème 1997.

 

6. World Christian Encyclopedia, éditée par David B. Barret, Oxford University Press. 1982.

 

7. Parmi les caractéristiques des « Communautés et Assemblées évangéliques de France », Edmond Buckenham citait, dans la Revue Unité des chrétiens, le sacerdoce universel, l’autorité souveraine de la Bible, la direction collégiale des assemblées, la diversité des ministères et la responsabilité de témoignage (par la parole et l’entraide) incombant à chaque chrétien (84 p. 22). Dans la première présentation des évangéliques en Allemagne, Aufbruch der Evangelikalen), Fritz Laubach (président des Églises libres) écrivait : « La conversion et l’assurance du salut, la communion des croyants, l’évangélisation et la mission ainsi qu’une confiance totale dans la Parole de Dieu telle qu’elle nous est donnée dans la Bible, voilà ce qui est évangélique » (72 p. 83).

 

8. Qui ajoute une citation du jésuite J. Séguy reproduite dans le Messager évangélique belge (1.75 p. 162) : « Dès sa première heure, l’anabaptisme fut poursuivi et persécuté. Pourquoi ? Parce qu’il mettait en cause les bases mêmes de la civilisation de chrétienté. En refusant tout droit aux États d’intervenir dans l’Église, dans la définition de la foi ou dans sa pratique, il créait en effet un domaine de non-intervention où les États d’alors voyaient un danger. De plus, ils brisaient l’unité des groupes politiques basée sur l’unanimité de pratiques et de croyance (religieuses entre autres) en exigeant implicitement la reconnaissance du pluralisme religieux ». Voir A. Kuen : Le baptême hier et aujourd’hui pp. 230-240.

 

9. Voir A. Kuen Je bâtirai mon Église pp. 211-212.

 

10. Dans La Gazette des GBU Nos 7-8, janvier 1984.

 

11. Le 300e anniversaire de la parution des Pia Desideria de Spener fut l’occasion d’un Symposium sur le piétisme au North Park Campus de Chicago en octobre 1975. Les quatre principales conférences ont été rassemblées dans Contemporary Perspectives on Pietism : A Symposium The Covenant Quarterly Feb. May 1976 (qui contient une abondante bibliographie au sujet du piétisme. Voir aussi le livre de Klaus Bockmühl Die Aktualität des Pietismus Giessen/Basel Brunnen 1985.

 

12. « L’héritage du piétisme, dit H. Rüegger se manifeste (dans la mouvance évangélique), par l’accentuation d’une foi personnelle, existentielle, expérimentale et confessante… Cette manière de mettre en pratique la foi nécessite une décision volontaire qui est plus importante qu’une formulation doctrinale théologiquement correcte de la foi » (96 p. 2).

 

13. « Dans le contexte luthérien ou anglican, les Réveils piétistes, morave et wesleyen, sont des réactions contre le formalisme d’une Église rigide dans son caractère institutionnel et figée dans une théologie intellectualiste » (J. Blandenier, 95 p. 21).

 

14. Dans The Evangelicals (1975), George Marsden distinguait 4 périodes dans l'évangélisme américain : 1. De 1870 à 1919 : un temps dominé par le conflit « modernisme – orthodoxie”. 2. De 1919 à 1926 : une ère de grandes controverses (tournant en grande partie autour de la question de l’évolutionnisme). 3. De 1926 à 1940 : consolidation et raidissement du fondamentalisme, style de vie plutôt sectaire dans la société américaine. 4. Depuis 1940 : une période marquée par une plus grande ouverture intellectuelle et culturelle, une distanciation des évangéliques par rapport aux fondamentalistes.

 

15. Le Dictionary of Christianity in America estime que ce courant a été modelé par trois périodes réparties sur quatre siècles : « Premièrement par la Réforme protestante du 16e siècle et en particulier son expression dans le puritanisme anglais ; deuxièmement par les réveils évangéliques du 18e siècle, et troisièmement, au 20e siècle, par la réaction conservatrice à l’Amérique moderne souvent appelée fondamentalisme » (B.L. Shelley, qui estime que le meilleur document décrivant l’évangélisme contemporain est la Déclaration de Lausanne rédigée par le Congrès évangélique mondial réunissant 3 000 participants à Lausanne en 1974).

 

16. Fritz Laubach donne un bref résumé biographique et bibliographique des principaux leaders du mouvement néo-évangélique : E.J. Carnell, E.F. Harrison, C.F.H. Henry, G.E. Ladd, J.W. Montgomery, H.J. Ockenga, C.H. Pinnock, B.L. Ramm (auxquels on pourrait ajouter un grand nombre d’autres) (72 pp. 122-123). Dans The Evangelical Renaissance (73 p. 30ss.), D. Blœsch mentionne en plus quelques dizaines de noms parmi lesquels les plus connus sont R. Blaikie, H. Kuhn, D. Fuller, G.E. Ladd, E. Trueblood, K. Kantzer. En Europe, il signale des théologiens comme H. Thielicke, K. Runia, H. Berkhof, F.F. Bruce, J.R.W. Stott, C. Brown, P. Beyerhaus, W. Künneth, F. Schaeffer, etc. Il suffit de parcourir la liste des quelque 250 rédacteurs du Concise Dictionary of Theology de W.A. Elwell (Grand Rapids Baker 1991, pour y relever des noms célèbres dans la théologie évangélique (comme G. Archer, O. Allis, G. Bromiley, D.A. Carson, G.H. Clark, W.W. Gasque, W.A. Grudem, S.N. Gundry, D. Guthrie, R.K. Harrison, L. Morris, J.A. Motyer, R.R. Nicole, J.I. Packer, J.B. Payne, C.C. Ryrie, M. Tenney, H. Vos… (Voir aussi la liste des rédacteurs du New Dictionary of Theology publié par I.V.P. Downers Grove 1988).

 

17. Voir le développement de la théologie des « nouveaux évangéliques » dans M. Erickson, The New Evangelical Theology London Marshall, Morgan & Scott 1969. pp. 30-42 et le contenu de leur théologie pp. 46-126.

 

18. On trouvera une présentation rapide du pentecôtisme (histoire, théologie, ecclésiologie, évangélisation et croissance…) et du mouvement charismatique par Christian Seytre dans G. de Turckheim, 97 pp. 93-104.

 

19. Voir aussi les différentes caractéristiques d’une Église évangélique données par G. Dagon dans Panorama de la France évangélique (1993 pp. 8-9).

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