La grâce de la discipline

 

Auteur : HUGHES R. Kent

Tiré du module : Développer les disciplines spirituelles 
(collection Disciple, série S'affermir dans la foi)

 

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Nous avons été à même de constater, dans l’introduction de ce livre, que le verbe exercer contenu dans le verset : « Exerce-toi à la piété » (1 Tim 4.8) renferme en lui-même l’odeur du gymnase – la sueur qui vient d’un bon entraînement. C’est un encouragement à suer pour notre vie spirituelle. 
  La riche étymologie du mot « discipline » suggère que nous rejetions consciemment tout ce qui nous gêne, puis que nous nous revêtions de toute l’énergie que nous possédons. Tout comme les athlètes de l’antiquité se dévêtaient entièrement et concouraient gumnos (nus), le chrétien discipliné doit de même se dépouiller de toute union, habitude et penchant qui font obstacle à son attachement à Dieu. Ensuite, quand il s’est ainsi mis à nu, il doit engager toute son énergie et sa sueur à rechercher la piété.


La silhouette souple, sculpturale du coureur de la Grèce antique nous en donne une belle image. Complètement nu, il a parcouru des milliers de kilomètres, en suant, dans le seul but d’être le meilleur athlète. De la même manière, pour réussir sa vie chrétienne, il faut toujours, sans exception, se dépouiller, se discipliner, suer.  


Il est universellement reconnu qu’une discipline rigoureuse est nécessaire pour accomplir quoi que ce soit dans cette vie ; la piété n’échappe pas à ce principe, au contraire ! Le succès légendaire de Mike Singletary, deux fois choisi joueur défensif de l’année par la NFL, est un témoignage de la remarquable discipline qui le caractérisait. L’extraordinaire discipline littéraire d’Ernest Hemingway a transformé la façon dont les anglophones à travers le monde utilisent leur langue. Les milliards d’esquisses réalisées par Michel-Ange, de Vinci et Tintoret, démontrent que la discipline de leur travail a été caractérisée par une grande quantité, ouvrant ainsi la voie à une incommensurable qualité. Winston Churchill, orateur du siècle, ne possédait pas cette qualité de façon naturelle – à moins que par « naturel » on entende un homme naturellement discipliné qui est venu à bout de ses défauts d’élocution par un travail et des efforts acharnés. Ignace Jan Paderewski, le pianiste virtuose, a bien résumé le tout par une remarque faite à une admiratrice trop enthousiaste : « Madame, avant d’être un génie, je suis un bourreau de travail ».  


Il s’agit là d’une vérité immuable : Nous n’arriverons jamais à rien dans la vie sans discipline – particulièrement en ce qui a trait aux questions spirituelles. Certains ont un talent inné pour le sport ou la musique. Mais aucun d’entre nous ne peut revendiquer une supériorité spirituelle de naissance. Aucun de nous n’est intrinsèquement juste, aucun de nous ne cherche Dieu de façon naturelle ou n’a le réflexe d’être bon. Ainsi, en tant qu’enfants de la grâce, notre discipline spirituelle joue un rôle crucial.


Sans discipline, pas de disciple !

Sans sueur, pas de sainteté !

Sans transpiration, pas d’inspiration !

Sans peine, pas de gain !

Sans virilité, pas de maturité !

 

Cette belle maxime spirituelle a servi de base pour examiner dix-sept disciplines qui sont essentielles pour mener une vie vertueuse – pureté, mariage, paternité, amitié, esprit, recueillement, prière, adoration, intégrité, langue, travail, persévérance, Église, leadership, offrande, témoignage et ministère.  
Le moins qu’on puisse dire est qu’il s’agit d’une liste impressionnante ! Et elle peut même être décourageante – car chaque item a été intentionnellement développé sous une forme impérative « À faire ». En fait, chacun des dix-sept grands titres contient en moyenne sept sous-disciplines à pratiquer – pour un total de plus de cent « À faire » !

 
La réaction appropriée


Comment devrions-nous donc réagir ? Certainement pas par « je ne ferai rien du tout », cette passivité qui caractérise de plus en plus les hommes nord-américains. Pour beaucoup d’hommes, un défi est une occasion de s’esquiver – de ramener sur eux les couvertures et de rester au lit – « Il y a tant à faire … Je ne sais pas par où commencer … » – l’inertie qui résulte de trop d’analyse.


D’autre part, il existe une deuxième réaction tout aussi mortelle : le légalisme autosuffisant. J’admets que statistiquement, ce danger est moins élevé que la passivité. Néanmoins, plusieurs individus ont une façon de penser qui pourrait les amener à s’approprier les seize (sic) disciplines et leurs multiples « À faire », puis les ériger en structure draconienne pour les déguiser en hybride légaliste rigoureux. Oh ! Comme les possibilités sont grandes de dresser une liste juteuse ! « Ainsi donc, vous n’avez pas lu votre Bible tous les jours cette semaine ? Quelle honte ! Souvenez-vous : cinq pages par jour et vous pourrez mettre votre Bible de côté ! » – « Si Henri était bien le mari qu’il prétend être, il lui aurait ouvert la porte ». Que Dieu nous garde du réductionnisme d’un tel légalisme qui confine la spiritualité à une suite de lois de marbre sans vie, puis qui dit : « Si vous réussissez à faire ces six, seize ou soixante-seize choses, vous serez vraiment pieux ». Le christianisme et la piété sont beaucoup plus qu’une série d’items à cocher. Être « en Christ » implique une relation personnelle qui, comme toutes les autres, mérite d’être cultivée avec discipline, mais jamais d’être réduite au légalisme.   Que Dieu nous préserve aussi de juger les autres, tout en nous justifiant nous-mêmes. Comme il est facile pour nos cœurs pécheurs de concevoir une liste d’éléments qui nous mettront en valeur, tout en menant les autres au supplice pour les juger sans merci.   Ainsi que nous l’avons mentionné au début de cet ouvrage, il existe un monde de différences entre les motivations qui conduisent au légalisme et à la discipline. Le légalisme dit : « Je ferai ceci pour me mériter la faveur de Dieu ». La discipline déclare plutôt : « J’agirai ainsi parce que j’aime Dieu et je veux lui être agréable ». Le premier est centré sur l’homme ; le second, sur Dieu. Paul, l’anti-légaliste par excellence, nous exhorte : « Exerce-toi à la piété ».


La sagesse de la discipline

Tout en écrivant ce livre, j’ai gardé en tête une image mentale personnelle, celle des jeunes hommes de ma famille, mes fils et mes gendres. Ils sont assis à la table avec moi devant une tasse de café et nous discutons des disciplines d’un homme attaché à Dieu. Maintenant, ils me regardent et me demandent : « Comment y arriver ? Explique-nous comment être disciplinés sans être légalistes ». Ma réponse se veut intime et personnelle. 

 

Établir vos priorités


Je commencerais par réviser les dix-sept disciplines et je les diviserais en deux listes – une première contiendrait les sujets où je n’ai pas de difficulté et une seconde comporterait ceux où j’ai besoin d’aide. Si j’étais marié, je demanderais à ma femme si elle voit les choses comme moi. Si non, un ami fidèle et spirituellement mûr pourrait m’aider.


Ensuite, je numéroterais les domaines où j’ai besoin d’aide par ordre d’importance, par exemple : 1. Pureté. 2. Esprit. 3. Prière. 4. Témoignage. 5. Offrande. 6. Travail. 7. Amitié. 8. Leadership. Puis, en débutant par le premier item, la pureté, je relirais les sous-disciplines et j’en choisirais d’une à trois qui, selon moi, pourraient le mieux m’aider à m’améliorer. Ce faisant, je résisterai à la tentation d’entreprendre trop de changements à la fois. Il est mieux de réussir quelques disciplines plutôt que d’échouer en tout parce qu’on en a trop entrepris. En ce qui a trait à la pureté, je pourrais commencer premièrement par m’engager à mémoriser des versets de la Parole qui me donneraient des armes contre les tentations puis deuxièmement, à ne pas regarder de films ou d’émissions de télévision à caractère sexuel. Peut-être que, sous la rubrique « témoignage » je m’engagerais à prier que Dieu mette sur ma route quelqu’un avec qui je pourrais partager ma foi et à m’inscrire à une activité pour rencontrer des non-croyants.  


Après avoir fait ce travail, je devrais être en possession d’une vingtaine d’éléments précis que je pourrai mettre en application pour améliorer les huit domaines où je suis faible.


Être réaliste

 

Cependant, avant de m’engager à mettre en pratique ces éléments, je regarderais toute ma liste avec un réalisme honnête en me demandant : « Les choses que je veux m’engager à accomplir avec l’aide de Dieu sont-elles vraiment à ma portée ? » Peut-être qu’en considérant la discipline de l’esprit, je suis devenu tellement convaincu que j’ai décidé de lire l’Ancien Testament une fois et le Nouveau deux fois, plus Guerre et Paix au cours du mois de janvier. Pensez-y bien ! Puisque je n’ai pas fait beaucoup de lecture dernièrement, pourquoi ne pas revoir mon but et décider de lire le Nouveau Testament une seule fois et Guerre et Paix de janvier à avril ? Vos engagements doivent vous faire transpirer mais assurez-vous que dans l’ensemble, ils sont réalisables. Il est mieux pour vous de vous investir davantage à mesure que vous accumulez les succès, plutôt que de viser plus haut que ce que vous pouvez atteindre. Le succès engendre le succès.


Prier

 

Avant de mettre concrètement en œuvre vos engagements, laissez passer une semaine pour y penser et prier à ce sujet. Recherchez la direction du Saint-Esprit concernant d’autres façons d’exercer vos disciplines personnelles, qui n’ont pas été mentionnées dans ce livre.

 

Être redevable


Demandez à votre femme ou à un ami de vous rendre redevable face à ces disciplines. Assurez-vous que vous priez et en discutez régulièrement – même si vous devez le faire au téléphone. Soyez honnête devant vos succès et vos échecs. Soyez aussi prêt à recevoir des conseils et à faire les ajustements qui s’imposent.  

 

Et si vous tombez…

 

Il est certain que vous allez tomber et même complètement échouer parfois. Lorsque ce sera le cas, vous serez blessé dans votre orgueil et embarrassé au point de vouloir fuir sans demander votre reste. Nous n’aimons pas rater ce que nous entreprenons. Mais il nous faut réaliser que nos échecs font partie du succès, si nous sommes prêts à les admettre et à continuer. En outre, nous ne sommes plus sous la loi mais sous la grâce. Dieu ne retient pas nos défaites contre nous et nous succès ne nous procurent pas un trésor de faveurs. Nous essayons simplement de vivre une vie disciplinée qui plaira à notre Père éternel – et il comprend nos échecs bien mieux que nous ne comprenions ceux de nos propres enfants.  

 

La grâce de la discipline

L’homme qui se discipline sagement dans le but d’être pieux comprend bien la nécessité d’établir ses priorités, d’être réaliste, de prier, d’être redevable et que ses échecs font partie intégrante du succès. Mais sa plus grande sagesse et sa force viennent de sa compréhension de la grâce. Tout dans sa vie provient de la grâce de Dieu – sola gratia – par grâce seulement ! Le salut lui-même est une pure grâce. Nous étions morts dans nos péchés et nos transgressions, captifs de la puissance des ténèbres, pas plus en mesure d’accomplir notre propre salut qu’un cadavre. « Mais Dieu est riche en miséricorde … nous qui étions morts par nos fautes, il nous a rendus à la vie avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés – … C’est par la grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie » (Éph 2.4, 5, 8, 9 ; italiques ajoutés par l’auteur). Nous sommes sauvés par la grâce de Dieu, c’est une faveur que nous ne méritons pas. Même le plus petit pourcentage d’œuvre corrompt la valeur de cette grâce salvatrice, ainsi que l’a clairement établi l’apôtre Paul : « Or, si c’est par grâce, ce n’est plus par les œuvres ; autrement la grâce n’est plus une grâce » (Rom 11.6). Sola gratia.


Le salut, ainsi que la vie chrétienne, ne s’accomplissent que par grâce. Jacques a fait cette étonnante déclaration concernant l’expérience universelle du croyant dans ce monde : « Mais il donne une grâce supérieure… » (Jacq 4.6). Il ne s’agit pas ici du salut, mais bien de la grâce de vivre comme nous devrions le faire dans ce monde déchu – littéralement « une grâce plus grande ». Il y a toujours disponible pour nous « plus de grâce  ».


Un jour, un artiste a présenté une toile des chutes du Niagara lors d’une exposition, mais il a omis de lui donner un titre. Devant la nécessité de trouver quelque chose, les gens de la galerie ont écrit ces mots : « Davantage à venir ». Ces chères vieilles chutes du Niagara qui déversent annuellement des milliards de litres d’eau et ce, depuis des milliers d’années, ont abondamment pourvu aux besoins de ceux qui en dépendent et constituent une image tout à fait appropriée du flot de la grâce que Dieu verse sur nous. Il y en a toujours davantage à venir ! L’apôtre Jean fait référence à cette réalité en disant : « Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce » (Jean 1.16). Littéralement, « grâce par-dessus grâce » ou, comme on peut le lire dans la version du Semeur « une grâce après l’autre ». « Pour nos besoins de chaque jour, nous recevons quotidiennement la grâce ; pour un besoin soudain, la grâce vient sur-le-champ ; pour un besoin accablant, la grâce réconforte », nous dit John Blanchard.


En nous attaquant à ces disciplines de l’homme attaché à Dieu, nous devons nous rappeler que c’est une question de grâce du début à la fin.
Lisez lentement et avec soin ces mots de Paul : « Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n’a pas été vaine ; loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous ; non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi » (1 Cor 15.10, italiques rajoutés par l’auteur). Vous voyez, il n’y a aucune contradiction entre la grâce et un dur labeur. En fait, la grâce produit une sueur spirituelle !
C’est la grâce de Dieu qui nous donne la force de mettre en pratique les disciplines de l’homme attaché à Dieu. Il y aura toujours davantage de grâce.  

 

Grâce pour la pureté     

Grace pour le mariage       

Grâce pour la paternité             

Grâce pour l’amitié                 

Grâce pour l’esprit                     

Grâce pour le recueillement                         

Grâce pour la prière                             

Grâce pour l’adoration

Grâce pour l’intégrité     

Grâce pour la langue         

Grâce pour le travail             

Grâce pour l’Église                 

Grâce pour le leadership                     

Grâce pour les offrandes                         

Grâce pour le témoignage

Grâce pour le ministère.

 

Frères, lorsque nous nous efforçons de faire sa volonté, il nous donne toujours plus de grâce.

Quand toutes nos réserves d’endurance sont épuisées,

Quand les forces nous manquent en mi-journée,

Quand on a dépensé toutes les ressources dont on disposait,

Les riches bénédictions de notre Père ne font que commencer.

Son amour n’a point de fin, sa grâce est sans mesure,

Aucun homme ne connaît les limites de sa puissance ;

Car tout droit puisé des richesses infinies de Jésus,

Il donne et donne et donne encore (Annie Johnson Flint).
 

Matière à réflexion

 

Quelles réponses donnez-vous parfois face au défi de 1 Timothée 4.8 ? Que pense Dieu de ces réponses ?
Faites une révision des dix-sept disciplines étudiées dans ce livre et établissez vos priorités en relation avec votre propre vie – les aptitudes et intérêts que Dieu vous a donnés, les possibilités qui s’offrent à vous, votre propre niveau de maturité et de compréhension des choses spirituelles, votre désir d’aller plus loin.  


À quel problème êtes-vous confronté le plus souvent ? Par paresse, faites-vous à Dieu ou à l’Église de toutes petites promesses ou promettez-vous monts et merveilles et ne pouvez remplir vos engagements ?


Comment vous sentez-vous à l’idée de demander à un ami chrétien intime d’être celui à qui vous serez redevable ? Cette idée vous encourage-t-elle ou vous fait-elle peur ? Pourquoi devons-nous être redevables les uns envers les autres ; et pas seulement envers Dieu ?


De façon générale, comment réagissez-vous lorsque vous trébuchez dans votre vie spirituelle ? Quelles sont les causes les plus fréquentes de vos chutes ou de vos égarements ? Que pourriez-vous faire pour laisser Dieu vous aider à ne pas tomber si souvent ?


Quelle relation existe-t-il entre la discipline et la grâce ? Appliquez-vous avec soin à écrire une définition de chacun de ces termes. Quelle est l’importance de chacun d’eux dans votre vie ? Quel aspect du caractère de Dieu vous encourage-t-il le plus et vous aide à continuer ?


Application/Réponse

 

Que vous a dit Dieu, précisément et avec force, à la lecture de ce chapitre ? Parlez-lui en maintenant !

 

Réfléchissons

 

Faites la liste complète des domaines de votre vie qui ont besoin d’une meilleure discipline. Puis, pour chacun d’eux, écrivez ce que vous pouvez faire pour améliorer votre discipline. Sachant que vous ne pourrez accomplir cela par vos propres forces et que vous avez besoin de l’aide de Dieu, vos réponses devraient contenir des éléments par lesquels vous pourrez recevoir l’assistance et la puissance divines.  

« La grâce de la discipline », de R. Kent Hughes.  C’est le chapitre 19 du livre Homme de Dieu exerce-toi à la piété, (Éditions SEMBEQ, Montréal Canada, 2005).

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