L’intention de l’auteur comme facteur déterminant dans l’interprétation des Écritures

Auteur : HOWARD, Tracy L. (adapté et condensé)

Tiré du module : Interpréter la Parole : Principes et procédures
(collection Responsable, série Connaissance)

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Quand nous abordons les Écritures, ce qui compte c’est de pouvoir donner une juste interprétation d’un verset, d’un paragraphe, ou d’un chapitre particulier. En effet, chaque fois que nous lisons attentivement un passage, une question surgit inévitablement : « Que veut dire ce texte » ? Nous nous posons toujours cette question parce que nous avons le désir de savoir ce que Dieu nous a communiqué dans la Bible – notre règle infaillible de vie. Et parce que nous désirons vivre une vie qui plaise à Dieu, c’est avec attention et respect que nous devons interpréter les passages bibliques que nous étudions.

Néanmoins, pour beaucoup de personnes, les Écritures sont parfois difficiles à comprendre. D’autres présument qu’ils sont arrivés à trouver la seule interprétation correcte, quand en fait, ils n’ont fait qu’imposer leur propre idée au texte biblique. Le problème, c’est que les paroles du texte n’ont pas été rattachées à l’auteur qui les a écrites. Il y a cette tendance à considérer les paroles comme des mots imprimés sur une page, sans tenir compte de l’être humain qui les a formulées. Mais ceci n’est manifestement pas conforme à la réalité. En effet, les mots que nous lisons dans un texte sont l’expression d’une intention et d’un but précis de leur auteur. Ils sont liés à la volonté de l’auteur, à son intention de communiquer une vérité précise ayant une signification précise et distincte. Ainsi notre but dans le processus d’interprétation d’un texte est-il « de découvrir la signification du texte pour son auteur et ce qu’il voulait communiquer à ses lecteurs originels ».[i] Mais comment pouvons-nous déterminer « l’intention » de l’auteur ? Comment pouvons-nous savoir, dans un passage donné, ce qu’il voulait vraiment dire ? Avant d’essayer de répondre à ces questions, nous devons énoncer deux propositions fondamentales.

 

Dieu s’est révélé par la révélation spéciale

D’abord, l’interprète évangélique débute par la conviction que le texte biblique s’inscrit dans le cadre de la révélation divine. Dieu s’est révélé d’une manière générale dans la création, et d’une manière spécifique par sa Parole infaillible et inhérente. Deuxièmement, si cette conviction est fondée, alors l’interprète doit aussi garder la conviction que la Bible peut se comprendre et que l’on peut saisir la signification de ses propos. L’interprète attend donc qu’à la fin du processus d’interprétation, il puisse pouvoir dire : « Voilà ce que ce texte veut dire ». Toutefois, ce n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. L’un des problèmes qui existe en herméneutique (la science d’interpréter) concerne l’idée même du sens. Par exemple, les mots et les phrases communiquent-ils un sens en eux-mêmes (ce qu’on appelle « autonomie sémantique ») ? Ou transmettent-ils un sens selon l’intention de leur auteur ? La réponse à ces questions déterminera dans une large mesure comment on interprétera le texte biblique.

Mon objectif, dans cet article, est donc de survoler un domaine qui est souvent négligé dans l’interprétation biblique, à savoir, l’importance de l’auteur dans l’interprétation de la Bible. Pour ce faire, il est impératif que nous comprenions d’abord l’idée de « sens » et ses implications pour l’exégèse biblique.

 

Que voulons-nous « signifier » par le mot « sens » ?

En abordant la question du « sens », nous devons définir certains concepts qui sont liés au « sens » et au « langage ». L’idée de base que nous voulons retenir, c’est que, pour nous, le « sens » constitue plus que des symboles inscrits sur une page et possédant une signification qui leur est propre. Le « sens » comprend aussi l’intention de l’auteur, communiquée au moyen du langage et qui est par la suite comprise par le lecteur. C’est pourquoi nous ne pouvons pas aborder un texte comme Philippiens 1.19 et demander simplement « Quel est le sens du mot “salut” ? » Nous devons plutôt nous demander ce que Paul avait l’intention de signifier par le mot « salut » dans ce contexte particulier. Lorsqu’on parle du sens d’un texte, on ne peut pas évoquer tous les sens possibles d’un texte ou toutes les intentions qu’un auteur aurait eu ou non dans son esprit quand il l’a écrit. L’interprète n’a que l’expression écrite de l’intention de l’auteur, et il est impossible de devenir un psychologue divin qui cherche à explorer d’autres intentions de l’auteur, au-delà de ce qui est écrit. Tout effort dans cette direction dépasse la sphère de l’objectivité et plonge l’interprète dans une subjectivité totale.

Lorsqu’on commence l’étude du « sens des mots », nous entrons tout de suite dans la sphère de la « sémantique ». Mais la sémantique ne se limite pas seulement au sens des mots, mais aussi aux sortes de sens qui appartiennent à la fois aux mots et aux phrases dans un contexte particulier. Ainsi, si nous voulons interpréter des mots et des phrases, nous devons reconnaître qu’ils portent des significations très précises dans leur contexte. En conséquence, l’étude de la sémantique biblique est un effort nécessaire dans le processus d’interprétation biblique, surtout pour discerner l’intention de l’auteur. Thiselton propose l’illustration suivante pour montrer l’importance de ce que nous venons de dire :

Si je m’exclame « C’est du poison ! », il se peut que je fasse une déclaration purement descriptive. Mais peut-être ai-je aussi appelé au secours : « Vite ! appelez un médecin » ! ou prononcé un avertissement : « Attention ! N’en buvez pas » ! ou ce peut tout simplement être une banale critique du genre : « Tu as oublié de mettre du sucre dans mon café » !

L’auteur explique ensuite que le sens des mots dépend de leur contexte, de leur situation non linguistique, plus que de la simple grammaire. Mais selon la pensée traditionnelle – que le sens est déterminé par la grammaire – la phrase « c’est du poison » ! ne serait qu’une simple déclaration, car le verbe dans cette phrase (« est ») est un simple indicatif présent du verbe « être » servant à indiquer que « ceci » = « du poison ».[ii]

Cette illustration montre qu’un mot ou une phrase peut recevoir des significations diverses et elle introduit un autre concept lié à l’étude du sens des mots, le concept de « terme ».

« Terme »

Un « terme » est un mot particulier, utilisé dans un contexte particulier, ayant une signification particulière. Par exemple, si j’emploie le mot « courir » dans le contexte d’un événement sportif, il devient un « terme » distinct pour décrire une activité physique dans laquelle on se déplace rapidement au moyen des jambes. Mais le mot peut indiquer un autre « terme » pour décrire le ruissellement de l’eau dans une vallée. En conséquence, le même mot « courir » fonctionne comme deux « termes » différents selon le contexte dans lequel il se trouve, et selon l’intention de l’auteur pour ce contexte. C’est pourquoi il est très important, dans l’étude du mot, de considérer l’intention de l’auteur pour le sens de ce mot dans ce contexte.

On rencontre souvent l’idée erronée que lorsque l’on a trouvé la racine d’un mot, on a ainsi trouvé sa signification. Ce n’est pas du tout le cas ! Comme James Barr l’a affirmé : « L’étymologie ne nous dit rien sur le sens actuel d’un mot ; elle est plutôt une description de son histoire ».

Nous pouvons illustrer ce principe à partir de la langue française : le mot « gentil » vient du latin gentillis « de famille, de race ». Mais pouvons-nous affirmer que l’idée de race est présente chaque fois que nous employons le mot « gentil » aujourd’hui ? Certes non ! En conséquence, le vrai sens d’un mot n’est pas déterminé par son histoire, mais par l’intention de son auteur. Ainsi, parce que le sens d’un mot ou d’une phrase dépend de l’intention de son auteur, il portera des « significations sémantiques » distinctes dans des contextes précis.

Cela dit, il y a encore ceux-là qui, lorsqu’ils abordent un texte, cherchent à savoir ce que le texte – indépendamment de l’intention de l’auteur – a à leur dire personnellement dans leur situation. Cela pose évidemment un problème en ce qui concerne l’idée de « sens » et aura comme résultat que l’on fera fausse route dans notre effort de valider notre interprétation. Hirsch a appelé ce phénomène le problème de la « signification ».

« Signification » et « sens »

Il nous est tous arrivé, dans le cadre d’un cours de littérature, d’étudier en détail un poème par un grand auteur, et d’entendre les étudiants, à tour de rôle, partager aux autres ce que ce poème veut dire pour lui. Mais, est-ce là forcément le vrai sens du poème ? Je ne le pense pas. Dans un tel contexte, le sens, selon l’intention du poète, risque fort d’être mis de côté et remplacé par ce que le poème « signifie pour le lecteur ». Ainsi, comme le dit Hirsch, « le sens cesse d’être celui qu’avait l’auteur, mais il est remplacé par ce que le poème veut dire pour chaque lecteur ».

La validité d’une interprétation dépend donc de la compréhension de ce que l’auteur voulait dire, et non pas de la signification du texte pour nous à un moment donné. Le sens dépend de ce que l’auteur voulait communiquer à ses premiers lecteurs. Si cette idée est claire, nous pouvons maintenant mieux comprendre l’idée du « sens » pour le texte biblique.

Une approche saine du « sens »

Dans l’étude d’un passage biblique, rappelons-nous que le sens d’un groupe de mots ne peut être compris que si on comprend ce que l’auteur voulait communiquer par ses mots ou ses phrases. Pris seuls, les mots et les phrases sont inutiles ; ils n’ont aucun sens en dehors de la volonté ou de l’intention de l’auteur. Par exemple, un ami m’a raconté qu’il avait « vu Superman pendant son vol au-dessus de l’Atlantique ». Ces mots, pris indépendamment de l’intention de l’auteur, auraient pu communiquer plusieurs choses. L’auteur aurait pu vouloir dire qu’il avait vu le personnage Superman qui volait au-dessus de l’océan ; mais il aurait tout aussi bien pu vouloir dire qu’il avait visionné le film Superman alors qu’il était à bord d’un 747 en route pour l’Europe l’été dernier. Bien sûr, c’est cela qu’il voulait dire, et j’ai facilement compris pendant notre conversation le vrai sens de ses remarques à propos de Superman.

Le même principe doit contrôler notre étude des Écritures. Nous devons comprendre que l’auteur biblique a été inspiré par l’Esprit avec une intention précise, avec une idée complète, qui a dirigé l’expression de chaque mot et chaque phrase dans le passage. Nous ne pouvons courir à un texte, prendre un mot ou une phrase à part, et l’interpréter, sans considérer l’idée globale que l’auteur voulait communiquer. Comme l’a dit Haddon Robinson, « nous ne devons pas permettre à l’analyse linguistique et grammaticale de devenir une fin en soi ; elle doit plutôt nous conduire à une compréhension plus claire de l’ensemble du texte ».

Ainsi, lorsque nous lisons dans Jacques : « considérez comme un sujet de joie complète… », nous devons reconnaître que ces paroles possèdent un sens lorsqu’elles sont rattachées à une intention précise dans le cœur de Jacques. Pris en eux-mêmes, ces mots pourraient signifier plusieurs choses ; mais le contexte suivant rend l’intention de Jacques plus claire : lorsque nous subissons des épreuves, nous devons considérer cette expérience comme un sujet de joie, car nous savons ce que seront le résultat et l’issue de nos difficultés et de nos épreuves (cf. v. 3-4).

Ainsi pour comprendre l’idée de « sens » dans l’interprétation biblique, nous devons voir le texte non simplement comme une collection de mots et de phrases sur une page, mais comme l’expression d’une intelligence inspirée par l’Esprit. Walter Kaiser rappelle que nous devons déterminer le sens d’un mot au moyen des autres mots qui entourent le mot étudié et qui révèlent l’intention de leur auteur.[iii]

Il est donc de notre responsabilité d’établir le sens en découvrant l’intention de l’auteur dans le passage que nous étudions. Ne pas le faire conduira à faire un fort mauvais usage de la Parole de Dieu.

À ce point, on se demandera : « Comment puis-je – moi – établir et découvrir l’intention ou l’objectif d’un auteur pour un passage biblique précis » ? Nous aborderons maintenant cette question.

Le processus pour déterminer l’intention de l’auteur

Mon objectif ici est de présenter d’une manière simple et concise la procédure générale que l’on devrait suivre pour découvrir l’intention de l’auteur dans un texte biblique.

D’abord, l’interprète doit commencer par lire le texte français afin de comprendre le sens général de l’auteur. Cette « compréhension », toutefois, ne sera encore que préliminaire et incomplète à ce stade. Le but initial est donc de formuler une proposition provisoire concernant l’objectif de l’auteur. Cette proposition sera sujette à révision au fur et à mesure que le travail se poursuit.

Deuxièmement, l’interprète doit observer et interpréter les différentes parties du passage, afin d’évaluer la justesse de sa proposition provisoire. Cette étape est indispensable avant d’essayer de rassembler les parties, car l’idée complète que l’auteur veut communiquer, détermine son choix des parties. Ainsi l’interprète vérifie ses impressions préliminaires par l’analyse des détails.

Troisièmement, lorsque l’interprète observe et analyse les éléments d’un passage, il doit chercher le fil conducteur qui lie tout le passage ensemble et qui donne une signification à chacune des parties. Robinson nous propose quelques suggestions utiles quant aux questions à poser à ce stade du processus :

Tout au long de votre analyse et de votre synthèse vous vous demanderez « De quoi l’auteur biblique parle-t-il ici » ? Quand vous trouvez un sujet possible, parcourez à nouveau le passage pour voir si votre sujet s’accorde bien avec les détails. Est-il trop large ? Trop étroit ? Votre sujet proposé est-il une description précise du thème du passage ?[iv]

Rappelez-vous que l’auteur présente son idée majeure à travers les parties, les composantes du passage. Le fil conducteur doit donc se révéler par une analyse complète des parties. Souvent votre première proposition de l’intention de l’auteur se révélera trop large. Il faudra, peut-être, la préciser davantage.

Quatrièmement, après avoir trouvé le fil conducteur, l’interprète doit le formuler sous la forme d’une proposition claire énonçant le but du passage, une proposition qui donnera un sens à toutes les parties qu’il étudiait.

Cinquièmement, l’interprète doit répéter ce processus de synthèse et d’analyse, jusqu’à ce que l’intention de l’auteur devienne encore plus claire et précise. Cela prendra temps et persistance.

Sixièmement, puisque le but final de l’interprétation est l’application, l’interprète doit saisir l’intention de l’auteur et la transformer en principes, pour qu’il puisse l’appliquer à son expérience. Virkler écrit, « Pour que notre application du texte soit vraiment juste, elle doit être fondée sur l’intention de l’auteur, et être conséquente avec celle-ci ».[v] Donc, en transformant un passage biblique en principes, l’interprète cherche à prendre l’idée de l’auteur et en faire une proposition succincte, universelle, et bien formulée, qu’il peut ensuite appliquer spécifiquement à sa vie.

Conclusion

Mon objectif ici a été de souligner brièvement un aspect de l’herméneutique que nous devons considérer si nous voulons interpréter les Écritures avec justesse ; c’est-à-dire, il est important de comprendre les composantes d’un passage de l’Écriture – et la signification de chaque composante – à la lumière de l’intention de l’auteur qui voulait les communiquer en ayant à l’esprit une idée complète. J’espère que nous deviendrons, en poursuivant notre étude de la Bible, des ouvriers qui n’auront pas à rougir, qui interpréteront avec droiture la Parole de Dieu. Cela ne peut se faire, cependant, que lorsque nous pouvons comprendre le sens d’un texte en fonction de l’intention originelle de l’auteur pour ses lecteurs. Là seulement pourrons-nous saisir le texte, le transformer en principes, et l’appliquer non seulement à notre expérience personnelle, mais aussi à celles de tous ceux dont le Seigneur nous a confié la charge.

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[i] Howard (I. Marshall), N.T. Interpretation, p. 15.

[ii] « Semantics », N.T. Interpretation, p. 77.

[iii] Toward an Exegetical Theology, p. 106.

[iv] Biblical Preaching, p. 66.

[v] Hermeneutics : Principles and Processes, p. 221.

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